Monday, December 28, 2015

La culture pour contrer le FN

La culture pour contrer le FN

Saint-Loup-sur-Semouse est une commune de Haute-Saône, en Bourgogne-Franche-Comté, ayant voté majoritairement Front National après avoir été socialiste depuis 2004. Selon le maire de la ville, Thierry Bordot, le manque de culture et la misère sociale ont grandement contribué à la montée des extrêmes dans cette commune de 3 500 habitants.

Mairie de Saint-Loup-sur-Semouse - © Marguerite Gallorini

Saint Loup a voté à 35% pour le FN au deuxième tour. Etes-vous surpris de ces résultats ?

Pas du tout. On commençait déjà à sentir des signes avant-coureurs, surtout depuis 2002 qui a été un tournant : du moment où Le Pen est passé au deuxième tour des présidentielles, les langues se sont déliées et on ne se cachait plus d’être Front National. Certes, aux régionales de 2010 Saint-Loup était encore PS, mais on commençait déjà à voir le FN monter et monter. Maintenant, les gens d'extrême-droite ne se cachent tellement plus de leur position qu'on pourrait quasiment les recenser à l'aide d'une carte !

Pouvait-on s’attendre à ce que le revirement républicain du deuxième tour n'affecte pas Saint-Loup ?

On a bien senti cet élan ici aussi, si, le PS est arrivé deuxième grâce à cela : le taux de participation est passé de 41 à 51%, plus élevé que celui de 2010 de 46%. Mais ça n’a pas suffi. Le danger avec les appels à « voter utile », c’est qu’on ne peut pas prévoir pour qui les gens vont voter… La preuve en est que le FN est resté en première place dans de nombreux villages de notre communauté, qui comprend 42 communes. Saint-Loup n’est pas la pire, bien qu’ayant voté à 35% pour le FN : trois ou quatre communes on voté à gauche, trois ou quatre à droite, et tout le reste a viré au FN, certaines avec plus de 50% des voix (ndlr : la commune de Ainvelle a par exemple voté FN à 52%).

La question de l'immigration à Saint Loup a-t-elle joué un rôle dans ces résultats extrêmes ?



Il existe effectivement une vraie fracture communautaire ici, révélée une fois de plus après 2002. Mais elle touche surtout les communes où il y a peu ou pas d’immigration, justement ; où les gens vivent plutôt confortablement, et où la seule source de jugement provient du JT de 20h. L’immigration, ils la vivent tous les jours à travers leur télévision, et leur sentiment d’abandon en est renforcé. C’est très schématique tout ça, mais la déficience culturelle dans nos régions joue un rôle crucial, et agrandit le sentiment d’abandon des communautés reculées. Il est vrai que nous nous trouvons dans une région très pauvre, et mal desservie. C’est pour ça que le discours du FN marche aussi bien – c’est un pur discours de marchand de sable, qui vise les racistes convaincus, et qui ne sont au final que des gens en perdition et désabusés de la politique traditionnelle – c'est pourtant elle qui devrait se remettre en cause avec de tels résultats ! Mais on ne peut pas grand-chose au niveau local, un vrai changement ne peut venir que des grands partis financés eux-mêmes par l'Etat ; mais personne ne va scier la branche sur laquelle ils reposent. Donc avec les moyens qui me sont attribués, j'essaie tant bien que mal de contrer ce discours de marchand de sable.

Quel genre de mesures concrètes cela implique-t-il à votre niveau local, pour enrayer ce phénomène ? 
 
Je tiens à souligner que, selon moi, c’est par la culture et la communication qu’on peut contrer cela – le dialogue, c’est de la culture aussi. Mais ça va être un travail de longue haleine, et on en aura pour un bon moment. Pour vous donner un exemple, on voudrait créer une médiathèque intercommunale basée à Saint-Loup. Si le financement n’était que le problème de ce projet, ce serait bien ; mais le problème principal vient des deux tiers des élus eux-mêmes, qui me répondent « à quoi ça sert ? » ; « on a d’autres priorités ». Il n’y a pas d’ouverture, pas de maturité de leur part. Chacuns se retranchent derrière leurs craintes, et aucun dialogue n’est créé, seulement une polarisation des positions de chaque côté.

Comment amener ce dialogue ?

La relation à l’autre devrait être une priorité. Après les attentats de janvier, on voulait tous créer des ponts entre les communautés… et puis tout ça est retombé dès février. Aujourd’hui, il est encore un peu tôt pour dire cela des attentats de novembre, ceci dit les élections ont eu ce bon côté de mettre véritablement le doigt là où ça fait mal. J’ai rendez-vous mi-janvier avec les responsables de la mosquée pour parler d’idées de manifestation commune. Je pense par exemple à une sorte de conférence pour expliquer les fondements de l’islam, ou bien expliquer la radicalisation – afin de différencier les deux, et de poser leurs fondements qui ne sont pas les mêmes. Il faut placer ces repères en premier lieu, pour ensuite créer un dialogue qui soit cohérent. Ce genre de manifestation doit se passer absolument au niveau local, au-delà du national – pour que les gens se rencontrent vraiment, et arrêtent de fantasmer à travers l’écran du JT. Si des passerelles sont créées entre les personnes et qu’on donne une chance à l’autre d’expliquer qui il est, plutôt que de se faire son interprétation erronée dans son coin, alors 80% du chemin est fait, et le discours du FN prendrait beaucoup moins bien.

Cette interview fut réalisée en tant que devoir universitaire.

Saturday, December 5, 2015

Activists Denounce State Reprehension During Demonstration

Activists Denounce State Reprehension During Demonstration
By Marguerite Gallorini | 28 November 2015

On the Place de la Republique in Paris on Sunday, a peaceful demonstration was aiming at putting pressure on the COP 21 government officials. It will result in 289 arrests, of which 174 people in police custody: environmental activists are angry at the State taking away their right to demonstrate.

A demonstration on Sunday gets ugly in Paris
Thousands gathered in spite of the current ban. A policeman barrier now follows the peaceful human chain on the plaza, and dismay is the general feeling among people present on the scene. A passer-by on the phone mutters "state of urgency, my eye"; an activist distributes lists with names of lawyers for the demonstrators that got taken.

Around and in the policeman barrier, dismay was the general feeling. A passer-by on the phone mutters "state of urgency, my eye". An activist distributes lists with names of lawyers for the demonstrators that got taken.

The French riot police make up a human barrier around the
Place de la République

Yet everything was calm up to the middle of the day. Even a policeman part of the human barrier acknowledges it: "The human chain around the plaza's monument, up until noon or one, that was alright. It really started to go wrong when that little group of 200, 300 violent anarchists attacked us with anything they could get their hands on."

Environmentalist activists are becoming increasingly critical of the French State's motives since it launched and prolonged its state of urgency. Under this law, twenty-four anti-COP 21 activists have been assigned to their homes the time of the conference, so that they do not make waves according to the French AFP agency.

One of the two groups of people is being blocked by the police, at the start
of Faubourg du Temple street



Alma, 27, is a member of the Association in Support to Arrested Demonstrators. She describes what she has been witnessing and told since she arrived on the premises at three in the afternoon: "Policemen blocked the plaza, and for a little while there was a back-and-forth movement between them and the demonstrators. There was also a peaceful human chain around the monument [where there is a memorial for the Paris attacks], but they were standing well afar from the flowers and candles. All of a sudden though, the police just rushed onto them, breaking everything, to spread people away. And now, two groups of people closely blocked by ranges of policemen, and they've been breathing tear gaz..."




General mood on the Place de la Republique on that day. Policemen straighten their human barrier, some backup arrive - one of which armed of a videocamera for future proof. People get impatient, some of them shout "Shame on the Republic!", others laugh of the situation. Monique, a sixtysomething activist, is holding a sign "State of climatic emergency" while singing 'Le Chant des Partisans' (The Partisans' Song).

In between the police cars and vans parked around the plaza, demonstrators are taken away one by one. One of them, while being taken, calls out to her friend: "Have you recorded everything ? Good !" A sixtysomething woman, another member of the association, and anti-COP 21, is indignant: "This is outrageous. They [the French State] are killing two birds with one stone, that's it. Their state of urgency was just kept somewhere in an old box, waiting to be used with the first opportunity. They're doing the same thing as the Americans with the Patriot Act."
A demonstrator is taken away by the police

A man in the crowd shouts "If the police protects us, who will protect us from insanity ?"; policemen are booed; people chant "Shame on the Republic !", and "Let – go of our comrades". Photographers and passers-by approach, more and more numerous. An old man with a moustache arrogantly drops "If only people were disciplined !", to which a woman demonstrator replies "We can't possibly be disciplined in front of this !" A police van painstakingly goes through the crowd; an undercover police car, more impatient, almost hurts a passer-by.

Tourists, photographers and passers-by all record what is happening

Within the encircling barrier stands Christiane, 50. Among the indignant but quiet crowd, this self-described sympathizer to civic causes deplores the state of things: "We're right in a big coup against freedom. But I'm far from ready to let go of some freedom for a little security. In any case, we've seen, historically, that letting go of it never led to an actual rise in security. Now clearly, for a little climate march turning into this, the State clearly shows it is afraid of us and feels its authority threatened. But the COP won't do anything; citizen movements should be heard, they can make a difference !"

Dozens of police motorcycles, cars and vans are parked
all around the plaza

Bintou, a 22-year-old activist, holds the same view: "The COP is not going to change anything. What we need is a confrontation of ideas within the population. But now we're taking our right to demonstrate away : we're banned to create that dialogue."

Now while the foreign press almost unanimously denounces draconian measures, French Prime Minister Manuel Valls does not exclude prolonging the state of urgency beyond the limit voted upon by the Parliament. The future chances of a trusting relationship between environmentalist activists and the French State coming back are dim.




At the end of the day, lots of broken glass coming from the run-over memorial lay on the street.
Earlier in the day, a peaceful event had layed hundreds of shoes as a symbolic way of undertaking the forbidden environmental march. While they were supposed to be distributed to the homeless afterwards, some are now just being thrown away.
This news round-up was done as part of a university assignment.

All photo and video credits belong to Marguerite Gallorini.

Wednesday, December 2, 2015

Last week's 3 top stories in the English-speaking world

US: Three Dead in Colorado Planned Parenthood Shooting

A gunman killed three people on Friday at a Planned Parenthood clinic in Colorado Springs, Colo. Robert Lewis Dear, of North Carolina, was armed with a long firearm and exchanged gunfire with authorities for several hours Friday before surrendering. A police officer, 44-year-old Garrett Swasey, was among the three dead. Nine others were wounded, including five officers. Mr Dear appeared in court on Monday, and faces a minimum sentence of life in prison and a maximum death penalty sentence. A new hearing set for 9 December will hear a full set of charges.

No official motive for the attack has yet been outlined, though he reportedly muttered “no more baby parts” while he was arrested, according to an NBC report. A chiropractor, locked down in his office across the street from the clinic, witnessed it being the site of protests “probably six days a week,” sometimes drawing as many as 200 people. The shooting has intensified a raging political debate about abortion rights, drawing in opposing activists and presidential candidates.

Debate over gun control is also increasingly important. Democratic presidential candidate Hillary Clinton and President Barack Obama called once again for greater gun safety laws to tighten up on their easy access. On the other hand, Republican candidate Marco Rubio and House Speaker Paul Ryan claim mental illness is the problem, not gun control.


NZ: Ex-Cricketer Chris Cairns Cleared of Perjury

Former New Zealand cricket captain Chris Cairns was found not guilty, on Monday, of lying under oath during a 2012 libel case. Mr Cairns, 45, had been accused of falsely declaring under oath during a 2012 libel case that he had never cheated at cricket. His barrister Andrew Fitch-Holland was also cleared of perverting the course of justice. 

During the 2012 libel case, he had successfully sued Indian Premier League chairman Lalit Modi for accusing him on Twitter of match-fixing - this was the country's first Twitter libel trial. Brendon McCullum, the current New Zealand captain, also gave evidence that Mr Cairns asked him twice to fix matches, which Mr Cairns refuted

Mr Cairns is considered one of New Zealand's greatest ever all-rounders, having played 62 Tests for his country between 1989 and 2004. Speaking outside of the court, the former cricketer declared that he sticks by his decision to stay out of this sport, which he qualified of a « hard environment ».

India: Four Schoolboys Arrested for Gang-Rape

Four 15 to 16 year-old schoolboys in the western Indian city of Mumbai have been arrested on Sunday for allegedly gang-raping a classmate. Police said they also recorded a video of the crime and circulated it on WhatsApp. 

All five of them lived in the same area and used to go to each others' homes to study. The girl was first raped on 8 November, when one of the boys invited her to his home under the false pretense of studying. She was also assaulted several times since then, a senior police officer said. 

The case has been registered and the Protection of Children from Sexual Offences Act has been invoked against the accused. The boys were produced in court after which they were sent to a juvenile reform home. Further investigation is under way. It comes at a time where public debate is increasingly condemning India's sexual assault laws, and especially those that deal with juvenile offenders.

This news round-up was done as part of a university assignment.

Sunday, November 29, 2015

Manif' pour le climat tourne en panique place de la République

 Reportage place de la République, Paris, le 29 novembre 2015 à 16h

Les manifestants écologistes contre l'état d'urgence
Par Marguerite Gallorini

Dimanche 28 novembre, Place de la République à Paris, une manifestation tentait de faire pression sur les gouvernements réunis pour la COP 21. Elle dégénère finalement en 289 interpellations dont 174 gardes à vue ; les écologistes sont en colère contre ce qu'ils estiment être une atteinte à leur liberté de manifester.

Un manifestant est emmené par deux CRS

Ils sont des milliers à s'être réunis malgré l'interdiction en vigueur. A la chaîne humaine de manifestants plus tôt dans la journée ont succédé les barrages humains de policiers autour de la place et encerclant deux groupes de manifestants. On lit facilement la consternation sur le visage des gens. Une passante au téléphone marmonne un « état d'urgence mon œil » ; une activiste distribue des listes de noms d'avocats pour les interpellés.

Pourtant tout était calme jusqu'en milieu de journée – un des CRS formant le barrage humain le reconnaît : « La chaîne humaine qu'il y avait autour du monument jusqu'à midi-une heure, ça allait. Là où ça a commencé à chauffer, c'est quand un petit groupe de 200, 300 anarchistes violents nous ont attaqué avec tout ce qu'ils pouvaient trouver. On a quinze blessés de notre côté. »

Les écologistes sont de plus en plus critiques des motivations de l'Etat depuis que l'état d'urgence a été prolongé. 24 activistes écologistes anti-COP 21 ont été assignés à résidence le temps de la conférence des nations, dans le seul but de ne pas faire de remous selon l'AFP.

Alma, 27 ans, est membre du Collectif de soutien aux manifestants interpellés. Elle explique ce qu'elle a constaté et entendu depuis son arrivée sur les lieux : « Les CRS ont bloqué la place, et pendant un certain temps il y a eu un mouvement de va-et-vient entre les manifestants et les CRS qui reculaient, avançaient, reculaient, avançaient... D'un coup les policiers se sont vautrés dans les fleurs du mémorial pour démanteler la chaîne humaine pacifique. Et maintenant il y a deux groupes de manifestants encerclés, qui ne peuvent pas sortir, alors qu'ils ont respiré du gaz lacrymo... »
Une sexagénaire, autre membre du Collectif de soutien aux manifestants interpellés et anti-COP 21, s'insurge : « C'est scandaleux. Ils [l'Etat] font d'une pierre deux coups, c'est tout. Leur état d'urgence traînait dans un carton et n'attendait qu'à être servi à la première occasion, ils font la même chose que le Patriot Act aux Etats-Unis. »

Les CRS forment un barrage autour de la place


Un homme crie « Si la police nous protège, qui nous protégera de la folie ? » ; les policiers sont hués ; on scande des « Honte à la République ! », ou des « Libérez – nos – camarades ». Un camion de police passe difficilement au milieu des photographes et passants agglutinés à l'extérieur du barrage, consternés. Une voiture de policier en civil, impatient, manque d'écraser une passante. Un à un, des manifestants sont emmenés entre deux CRS ; une manifestante qui se fait embarquer interpelle un de ses camarades : « T'as tout filmé, c'est bien ! ».

A l'intérieur du barrage se trouve Christiane, 50 ans. Parmi la foule indignée mais calme, cette sympathisante aux causes citoyennes déplore la situation : « On est en plein dans une grosse atteinte à la liberté. Mais je ne suis pas prête à lâcher de la liberté pour un peu de sécurité. De toute façon historiquement on voit bien qu'un tel abandon n'a jamais abouti en plus de sécurité. » 

« Mais là clairement, pour qu'une petit marche pour le climat se transforme en ça, c'est vraiment que l'Etat a peur de nous et sent son autorité remise en cause », continue-t-elle. « Or la COP, elle ne changera pas grand-chose ; ce qui est important c'est que les mouvements citoyens se fassent de plus en plus entendre ! »
Tandis que la presse étrangère dénonce quasi-unanimement des mesures liberticides, le premier ministre Manuel Valls a récemment déclaré ne pas exclure la possibilité de prolonger l'état d'urgence au-delà de la limite votée par le Parlement.

Cet article fut écrit en tant que devoir universitaire.

Crédits photo: Marguerite Gallorini

Monday, November 16, 2015

La Vie en Rose


Place de la République. Photo: Marguerite Gallorini

(English version below)

Place de la République. Photo: Marguerite Gallorini
Surprise : aujourd'hui, il y a du monde sur la Place de la République. Contraste avec le petit groupe présent hier, au lendemain des attaques, sous la grisaille et sous les haut-parleurs des policiers invitant les gens à partir : aujourd'hui le temps clément a poussé les gens à sortir un peu plus, revigorés. Un policier, quelque peu désabusé, confirme pourtant que l'interdiction de regroupement est toujours en vigueur jusqu'à jeudi, mais pas de haut-parleurs cette fois. Les forces de l'ordre se contentent de patrouiller au milieu de la foule, quelques camionnettes et motards postés aux quatres coins de la place.

Mais la foire commence. Toutes sortes de personnes s'invitent déjà sur les lieux, avec plus ou moins de décence. Entre les personnes aux yeux rouges et mouchoir à la main, et les couples s'entrelaçant dans la douleur de leur âme, se glissent maintenant les amateurs de selfies, posant devant le mémorial. Les caméras et présentateurs de journaux sont également présents, naturellement. Les plus respectueux d'entre eux restent en marge du monument, les plus téméraires prennent directement place sur la marche du monument, devant les fleurs et bougies des défunts pour une meilleure image. La seule différence entre la réalité et les réseaux sociaux déchaînés, ici, est que la tristesse des familles est palpable et arrive quelque peu à contenir les ardeurs des moins respectueux. Face au monument, à la clarté du soleil d'aujourd'hui,
impossible de se cacher.

Rue Alibert, où se trouve le bar du Carillon et le restaurant du Petit Cambodge attaqués, une petite foule est présente. On peut encore voir des tirs de balles dans les murs, à côté de dessins muraux en mémoire aux victimes. Ici, la seule personne que l'on entend est un présentateur télé allemand qui parle fort juste devant l'autel improvisé, tandis que la foule est en retrait. Quelques photographes n'utilisent pas leur zoom, et s'approchent à 20 cm des bougies pour avoir un meilleur rendu photo, gênant parfois les personnes venues déposer un bouquet ou une bougie. Faire son travail et prendre une bonne photo ne nécessite pas d'être irrespectueux des victimes, c'est juste une question de façon de faire. Mais bien loin de l'ambiance effervescente des conférences de presse, ici personne n'élève la voix contre qui que ce soit. Il semblerait que la douleur est trop grande et engourdit toute animosité.

Rue Alibert, une famille se recueille devant le Carillon.
Photo: Marguerite Gallorini


Un petit effet de pélerinage dans la rue Bichat.
Photo: Marguerite Gallorini
Le ''parcours'' entre les points attaqués ressemble à un pélerinage. Contrairement aux rues vides des alentours, les rues que l'on a entendu encore et encore dans les médias sont pleines de monde : rue Alibert, rue Bichat, rue du Faubourg du Temple, boulevard Voltaire. Le passage Saint-Pierre Amelot, lui, où pourtant des victimes du Bataclan se sont échappées, n'attire apparemment pas beaucoup. Seule une barrière et un policier la protège ; un homme, fleur et passeport à la main, arrive à passer après accord du policier.

Dans la rue Bichat, une famille pleure ensemble, enlacée, loin du mémorial où l'attention est portée. Difficile de retenir ses émotions face à de telles scènes. On passe des larmes aux rires en seulement quelques pas, les magasins des rues mentionnées étant ouverts et bien animés. La vie continue.

Rue du Faubourg du Temple, le bar A La Bonne Bière a son propre petit mémorial également. L'ambiance est bien plus calme, il n'y a d'ailleurs quasiment aucun média. Seulement quelques curieux, naturellement, et des familles de victimes. On sent une odeur d'encens. Les impacts de balle dans la vitre du restaurant Casa Nostra sont encore là. Le Franprix du coin est exceptionnellement ouvert, profitant de la demande pour faire un petit business de vente de fleurs.

Le long du boulevard Renoir menant jusqu'au Bataclan, on croise un bon nombre d'autres pélerins. Un homme au téléphone dit qu'il est déjà venu hier avec un ami, et est revenu aujourd'hui avec son père. Des fleurs et des bougies sont déposées aux deux extrémités du parc faisant face à la salle de concert, l'espace de rue entre le parc et la salle étant fermée au public et gardée par des policiers. Des lignes et des lignes de caméras sont braquées face à la rue, militairement, juste devant les barrières, attendant leurs présentateurs respectifs qui viendront se poster au moment du direct. Des armées de camionnettes sont également garées tout près des mémoriaux, avec des générateurs faisant un boucan incroyable. Mauvaise ironie, il y a tellement de monde qu'il en devient aussi difficile de se déplacer que lors d'un concert. Parmi la foule, un père est suivie de sa fille adolescente, les yeux pleins de larmes. Deux copines se promennent avec un petit panneau ''Free Hugs''.

Un groupe petit groupe improvisé chante,
Place de la République. Photo: Marguerite Gallorini

De retour Place de la République, le petit groupe de musique improvisé il y a quelques heures plus tôt s'est transformé en une joyeuse chorale accompagnée. On se croirait presque à un festival. Ca joue, ça chante, ça rie, le cœur lourd qui se force à la légèreté. Deux jeunes entonnent un ''Vive la France !'' repris à l'unisson par la foule les entourant. ''Vive la République !'', ''Vive la Liberté !'', ''Vive la Fraternité !''. Des rires, puis ça repart sur une autre chanson : ''La Vie en Rose'' d'Edith Piaf. Dans une rue bordant la place, quelqu'un demande à son ami : ''Est-ce qu'il faut se préparer pour la suite ?''. Très certainement, l'Etat doit s'y préparer, et nous ne sommes pas les seuls dans ce cas-là – loin de là. En attendant, le peuple français continue de chanter et de rire, et c'est la meilleure arme qui soit.

Une pensée à toutes les victimes de par le monde.


~ ¤ ~

Surprise : today, there is a lot of people on Place de la République. Contrast with yesterday's small group, on the day following the attacks, under the grey Parisian sky and policemen asking through speakers to leave the scene : today the good weather urged people to go out, invigorated. However a policeman, somewhat disillusioned, confirms that crowding is still banned until next Thursday, but there are no speakers this time. Police forces settle for patrolling within the peaceful mob, with a few vans and motorcycles posted on all four corners of the plaza.

But the fair begins. All sorts of people are already on the spot, with more or less decency. In between red-eyed people holding a tissue and couples trying to forget their pain in an embrace, selfie amateurs already interfere, posing in front of the plaza's monument. Cameras and TV presenters are naturally also present. The most respectful stay in margins, while the most bold take place directly on the monument's step, right in front of the flowers and candles for a better background scenery. The only difference between reality and unleashed social media here, is that the families' sorrow is tangible and manages to contain the eagerness of the more reckless ones. In front of the monument and under today's sunlight, it is impossible to hide.

Le Carillon bar, on Alibert street. Photo: Marguerite Gallorini

In Alibert street, where is located the attacked Carillon bar and Le Petit Cambodge restaurant, there is a small crowd. We can still see bullets' impacts on the street's wall, next to mural drawings in memory of the victims. Here, the only person we can hear is a loud German TV presenter, speaking right in front of the improvised altar, while the crowd is set back. A couple of photographers do not use their zoom lens, and instead get as close as a few inches away from the candles and flowers for a better picture – sometimes getting in the way of people who came to add a candle. Doing one's job and taking a picture of a memorial does not have to be disrespectful in the process, there is just a way of doing it. But far from the busy ambiance of press conferences, here no one raises their voice against anyone. It would seem that pain is too great and numbs all animosity.

The 'route' between the attacked spots looks like a pilgrimage. Contrary to empty surrounding streets, those we heard over and over in the media are crowded : Alibert street, Bichat street, Faubourd du Temple street, Voltaire's boulevard. As for the Saint-Pierre Amelot passageway, from where some victims of the Bataclan ran away, it does not appear to attract much people. One barricade and one policeman gard it only ; a man, presenting himself with flowers and his passport, manages to enter the way after the policeman allowed him.

Memorial in front of Le Petit Cambodge restaurant.
Photo: Marguerite Gallorini

In Bichat street, a family is crying together, in an embrace, far from the memorial where all the attention is focused. It is hard to contain one's emotions next to such scenes. We go from tears to joy in a few steps only, the shops of these streets being open and busy. Life continues.

In Faubourg du Temple street, the A La Bonne Bière bar has its own memorial as well. The mood is much quieter here, there is nearly no media here either. There are a few curious ones, of course, and victims' families and friends. There is a small of incense. Bullets' impacts in the shop window of the Casa Nostra restaurant are still there. The Franprix store around the corner is exceptionally open, benefiting from the demand of flowers.

Cameras on the Renoir boulevard. Photo: Marguerite Gallorini

Along the Renoir boulevard leading to the Bataclan, we cross the way of a lot of other pilgrims. A man on his phone says he already came yesterday with a friend, and has come today again with his father. Flowers and candles are deposited at each end of the parc facing the concert hall – since the road space between the parc and the Bataclan is closed to the public, garded by a few policemen. Lines and lines of cameras are pointed at the street in a military way, right in front of the barricades, waiting for their presenters to come on the air. Delegations of vans are also parked close to the memorials, with very loud generators. Poor irony, it is so crowded that it is as hard to walk here as it is during a concert. Among people, a father is followed by his red-eyed teenage daughter. A couple of friends go around waving a ''Free Hugs'' sign.
 
Back on Place de la République, a small improvised group of musicians a few hours earlier has now turned to a happy accompanied choir. We could almost think we are at a festival. There is singing, some playing, some laughing, with a heavy heart that tries to be light. Two young men shout ''''Vive la France !'' taken in unisson by the surrounding crowd. ''Vive la République !'', ''Vive la Liberté !'', ''Vive la Fraternité !''. They laugh, and start a new song : ''La Vie en Rose'' by Edith Piaf. In a street bordering the plaza, someone asks his friend : ''Should we prepare for a follow up ?''. Most certainly, the State must prepare, and we are not the only ones in this case – far from it. Meanwhile, the French people can keep on singing and laughing : it is the best weapon of all.

Our thoughts to victims all over the Earth.

'Fluctuat Nec Mergitur': 'battered by the waves, it never sinks', Paris' slogan.
Photo: Marguerite Gallorini

Cet article fut écrit pour ce blog uniquement.

Monday, November 9, 2015

Quand les rumeurs courent en bourse

Beaucoup se sont sentis trahis après le mensonge de Volkswagen. Mais se pourrait-il que l'industrie soit parfois elle-même victime de rumeurs en bourse ?

Photo: Katrina Tuliao / Flickr / cc


« Les rumeurs sont très fréquentes en bourse », confie Anthony Bondain, rédacteur en chef adjoint du site spécialisé dans l'édition d'informations boursières Boursier.com. « C'est même une sorte de fonds de commerce pour les investisseurs que d'obtenir ce genre d'information. Depuis qu'internet existe, les canaux de propagation sont évidemment bien plus vastes, et ce qui était réservé aux personnes très bien informées ou aux grosses révélations de la presse financière est [maintenant] accessible au plus grand nombre. » Boursier.com, détenu par le groupe Lagardère, contient d'ailleurs une page consacrée aux rumeurs en bourse.

Le 7 août 2011, un article paraît dans le quotidien britannique du Mail on Sunday, affirmant que la Société Générale nécessite un sauvetage financier. La Société Générale publie un communiqué le lendemain, parlant d' « allégations totalement fausses et irresponsables », et le 9 août le Daily Mail ôte l'article de son site web et présente ses excuses. Mais la banque attend le 10 août pour demander une enquête à l'Autorité des marchés financiers (AMF), et pendant ce temps la rumeur s'emballe : le titre perd 14,7% en bourse rapidement. En 2013, l'AMF épargne le quotidien britannique qui s'était excusé rapidement et avait publié un démenti. Quant à la Société Générale, elle reçoit des dommages et intérêts du Mail on Sunday lors d'un règlement à l'amiable.

Plus récemment, c'est le fabriquant de literie Cauval qui y perd des plumes. En février, la chaîne de magasins But, en affaires avec eux, colporte que la société Cauval est en cessation de paiement. En résulte une panique générale se traduisant par l'annulation de commandes et refus de crédits de la part des fournisseurs. Cauval voit ses ventes chuter de 26% dans les magasins But ; pourtant, elles sont en hausse de 36 % avec Conforama. Gilles Silberman, vice-président du groupe et principal actionnaire de la société, accuse : « Toute cette campagne de déstabilisation est faite pour nous acculer à la faillite en vue de récupérer l’entreprise ». Finalement en Mars, Cauval et But passent un accord à l'issue de deux jours et demi de négociations intenses. « Cet accord met fin à l’ensemble de nos différends », déclare M. Silberman, dont la société échappe de peu à la faillite.

Outre-Atlantique, Steve Jobs est aussi l'objet d'une rumeur en 2008 selon laquelle il aurait été victime d'une crise cardiaque. Bien qu'Apple le dément rapidement, la société essuie une baisse instantanée de 10% de ses actions. Cette rumeur avait été véhiculée sur CNN iReport, une initiative de « journalisme citoyen » de CNN qui permet à n'importe qui de publier, sans vérification – un exemple parlant qui en montre les limites.

Cet article fut écrit en tant que devoir universitaire.